Michel Cartier à webcom

Interrogations

(Michel Cartier, juin 2011)

(Texte de travail)

Durant l’Antiquité, les êtres humains sont passés d’un niveau d’échanges d’informations et de communication à un autre, beaucoup plus sophistiqué, avec l’arrivée de l’alphabet ; ils ont vécu un autre bond avec l’arrivée de l’imprimerie[1] puis de la télévision. À chaque bond, les organisations humaines se sont modifiées au point de nous obliger à modifier notre façon de vivre exigeant que le cerveau humain se dote d’une plus grande fluidité[2]. Qu’arrivera-t-il avec Internet ?

Actuellement, nous vivons une période pénible parce qu’instable. La décennie 1980-1990 nous a apporté des avancés extraordinaire, l’émergence de la micro-informatique par exemple, et la décennie 1990-2000, qui débute avec la chute de mur de Berlin, une période euphorique. Celle de 2000-2010, qui débute avec les attentats du 11 septembre, voit le climat complètement changer, nous nous apercevons maintenant que ce fut un passage entre une ère industrielle et quelque chose qui sera postindustriel : une société de la connaissance ?

Quel degré de complexité atteindrons-nous avec les réseaux sociaux, le GPS, Wikipédia, etc. ? Certains pensent qu’un nouveau degré de sophistication sera atteint par l’addition de tous les facteurs tandis que d’autres pensent  que nous ne pouvons plus vivre avec les exagérations d’une telle mondialisation mais que nous devrions plutôt nous diriger vers une ramification de nos échanges d’informations ; aurions-nous le choix entre des Mass networks ou des Mesh networks ?

La perte de confiance des citoyens envers leurs élites politiques et économiques engendre un ras-le-bol généralisé à travers toute la planète. Les crises que nous vivons (économique, énergétique, écologique, géopolitique, etc.) vont durer tant que cette confiance ne sera pas restaurée. Celle-ci exige des négociations entre la société civile et ces élites. Un ras-le-bol commence à s’exprimer par des prises de paroles de la part des gens, les jeunes surtouts. Mais les élites politiques et économiques ne veulent rien changer de peur de perdre leurs privilèges. Alors, nous nous dirigeons vers ce que les spécialistes appellent le bord du chaos. D’où l’importance de se poser les bonnes questions.

Est-ce que ces interrogations sont

des menaces ou des opportunités ?

 

Aspects technologiques

• Si la quantité d’informations explose au point de devenir un Big Data comment allons-nous nous retrouver ? Quelles qualités devront avoir les plates-formes de demain ?

 

• Aurons-nous assez de bandes passantes pour répondre au Big Data ? …et assez d’adresses ? Techniquement, quels changements imposera le CloudComputing ?

• Si la moitié des habitants de la planète habitent désormais dans une grande ville, comment vont-ils réorganiser leurs activités quotidiennes ? Quelles technologies combineront les nouveaux  algorithmes de recherche ou de recommandation avec les techniques de géoréférencement ? Et avec quel résultat ?

• Comment l’Internet 2 peut-il être un outil pour une Démocratie 2.0 quand, pour certains gouvernements, il est devenu une Répression 2.0 ?

 

• Si l’interface See-Point-Click est l’une des étapes vers les transactions sans clavier, quand allons-nous passer à l’ère de la reconnaissance de l’écriture et de la parole ?

 

• Quel sera l’impact des nanotechnologies sur les outils de communication qui seront de plus en plus banalisés dans nos environnements quotidiens ? (Surtout si l’on songe à leurs impacts actuels sur le développement des armements lors des guerres d’Irak et d’Afghanistan).

Aspects économiques

• Comment allons-nous développer un modèle d’affaires malgré cette utopie qui prétend que tout contenu doit être offert gratuitement sur le Web ?

 

• Comment la valeur ajoutée et les niches susciteront-elles le développement d’un nouveau modèle économique qui pourrait être basé sur la proximité ?

 

• Est-ce que le modèle capitaliste actuel, qui ne survit que grâce à ses subterfuges financiers, peut être changé ? Est-ce qu’on pourra développer différents modèles selon les continents ?

 

• Devant un tel tsunami de contenus, le Web va-t-il se scinder en différents domaines d’activité (militaire, commercial, académique et social), chacun avec ses promoteurs et ses clientèles, donc avec  sa propre économie ?

 

• À quand la mise en place d’un système de propriété intellectuelle qui respecte les créateurs ?

 

• Est-ce que les géants de services, qui deviennent de plus en plus omniprésents, se transformeront éventuellement en « maîtres du monde » et supplanteront les banques dans ce rôle ?

 

• Est-ce que les forces marchandes actuelles de la mondialisation vont réussir à faire d’Internet un marché planétaire hors-taxes ?

 

• Si l’interface See-Point-Click est l’occasion de lancer de nouvelles applications multiplateforme, est-ce que la prochaine étape consistera à faire migrer vers le mobile les annonceurs et les lecteurs payants qui deviendraient alors la base du prochain modèle d’affaires ?

 

• Est-ce qu’une nouvelle bulle des technos se prépare, c’est-à-dire une autre exubérance irrationnelle comme celle des années 90 ?

 

Aspects sociétaux

• Passer d’une ère à une autre est un moment dangereux parce qu’il s’accompagne de désordres pour lesquels nos administrateurs ne semblent pas préparés. Où se situe le seuil d’emballement de notre système sociétal ?

 

• Internet ne devient-il pas actuellement, avec sa  diffusion échevelée d’informations non validées, un facteur d’instabilité pour notre société ?

 

• Quel est l’impact culturel du patchwork des émissions de variétés, des séries sentimentales et des spots publicitaires criards, diffusés par les consortiums occidentaux dans tous les villages de la planète ? En particulier dans les villages non occidentaux ?

 

• Parce que nous passons d’une prédominance du texte vers celle de l’image, allons-nous vivre dans une société où les promoteurs pourront diffuser principalement que des émotions et n’importe quels canulars ?

 

• Si le flot des contenus et des services augmente encore et si ceux-ci sont destinés à être lus sous différentes formes d’écrans (téléviseur, tablette, lecteur, ordinateur, smart phone, etc.) quel code médiatique allons-nous développer ? (Souvenons-nous que le même problème a surgi lors de l’arrivée de l’imprimerie (livre, journal, pamphlet publicitaire, encyclopédie, romans, magazines, etc.) d’où, alors, l’émergence du code typographique).

 

• Est-ce que l’utilisation des nouveaux algorithmes de transactions et de recommandations, qui nous imposent telle ou telle réponse à partir de leurs calculs de probabilité, ne réduit pas notre liberté de choisir ? Donc, fausse nos opinions ?

 

• Est-ce que les liens et les réseaux entre les gens se créent d’abord dans un environnement réel pour se transposer ensuite dans un environnement virtuel, ou est-ce le contraire ?

 

• Si les boomers s’informent différemment des générations X et Y, allons-nous assister à un fractionnement du tissu social, donc à une crise générationnelle ?

 

• Si, parmi les gens qui regardent la télévision, la moitié navigue en même temps sur l’Internet et qu’un tiers utilise aussi un téléphone ou une tablette intelligente, jusqu’où le cerveau humain peut-il fonctionner en mode multitâche ?

 

• Qu’arrive-t-il à notre façon de penser, de nous comporter et de nous concentrer quand se manifeste le tout, le tout le temps et le tout de suite ? Est-ce que la capacité de concentration des êtres humains diminue de manière inversement proportionnelle à la multiplication des outils de communication ?

 

• Quand les élites politiques, qui sont incapables en ce moment de  délaisser leurs stratégies descendantes de communication (top down), vont-elles perdre leur crédibilité face à tant de groupes de citoyens qui commencent à prendre la parole ?

 

• Les élites politiques réussiront-elles à museler ces groupes, identifiés à tort comme étant des lieux d’opposition, en imposant un contrôle d’Internet ? Comment trouver un juste milieu entre la loi du plus fort, c’est-à-dire celle de Google, et les besoins d’une régulation par les pouvoirs publics ?

 

• L’augmentation de la criminalité (piratage, pédophilie, etc.) va-t-elle être accompagnée d’une volonté de la part des élites politiques de contrôler et de censurer le Web ?

 

• Où s’arrête la vie privée et où commence l’intérêt général dans un monde fait de cartes et de téléphones que les promoteurs peuvent facilement retracer et de caméras de surveillance sous contrôle étatique ?

 

• Est-ce qu’Internet rend les frontières entre la vie privée et la vie publique plus floues ?

 

• Est-ce que la rapide croissance des médias alternatifs et l’émergence des netizens et des snapparazzi (ceux qui envoient leurs films aux chaînes de télévision) vont redéfinir l’usage social de l’information ?

 

• Est-ce que les 25 % à 35 % d’analphabètes de base et fonctionnels actuels deviendront de futurs handicapés culturels ?

 

• L’élève serait-il à l’image de la société dont il est issu, une société qui ne valorise que la  consommation, la facilité et le crédit ?

 

 

• Est-ce que l’approche décentralisatrice d’Internet 2 va rendre notre société plus hétérogène ?

 

• Quels sont les sacrifices humains que demande la rupture ?

 

 

 

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VOIR OU LIRE :

 

Vidéo-clip sur la rupture (7 minutes) en français:

http://vimeo.com/13765606

 

Site Web en français :

http://www.constellationw.com/fr/accueil

 

Livre :

La société émergente du XXIe siècle

Michel Cartier et Jon Husband

Dangles Éditions, 2010

 

Consulter les textes :

 

• Les espaces de connectivité

 

• Un modèle pour comprendre notre société

Pour comprendre schéma :

• Le schéma présente une vue d’ensemble des activités humaines grâce à une approche tripolaire :

- le pôle technologique où se situe la bataille des contenus et des services.

- le pôle économique où se situe la bataille des territoires et des marchés ;

- le pôle sociétal où se situe la bataille des cultures et des langues.

• On constate que des moteurs de changements apparaissent vers 1970, puis d’autres a partir de l’an  2000. De nouveaux moteurs de changements (voir à droite) vont créer la nouvelle société et sont responsable de la rupture que nous commençons à vivre.

• Entre l’ère industrielle (à gauche) et celle qui émerge (à droite), on voit, au centre les passages, ou paradigmes, créés par ces moteurs de changements.

• D’où la série d’interrogations que nous devons nous poser si nous voulons apprivoiser ce qui pourrait devenir une société de la connaissance.


[1] Les passages d’une culture orale à la culture écrite, puis à l’imprimé, etc.

[2] Voir les écrits de Stephen Mithen.

 

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