Parcourir les Tags

micro-journalisme

Communication interactive Événements Médias sociaux

#Gaza ou la récupération des médias sociaux !

4 janvier 2009

J’ai gardé un silence de blogue depuis le 29 décembre, question de célébrer le passage à la nouvelle année. Ceci étant dit, je n’ai pas fait que festoyer depuis le 29 décembre. J’ai suivi l’actualité et tout particulièrement les évènements tragiques qui se déroulent dans la bande de Gaza, en utilisant le hashtag #Gaza, mais aussi avec YouTube, Flickr et les chaînes de nouvelles continues et pour la première fois, grâce à un lien sur Livestation, trouvé justement sur Twitter, avec une foule de chaînes internationales dont Al-Jazeera.

La couverture sur Twitter #gaza et sur Livestation

J’ai donc suivi l’interminable cycle de violence qui ne cesse de consumer cette partie du monde et surtout les haines que cette situation déclenche entre factions rivales. J’ai tenté, au tout début des frappes aériennes, de «couvrir» les évènements comme je l’avais pour #Mumbai mais je me suis vite rendu compte qu’il y avait quelque chose de profondément, pour ne pas dire fondamentalement, différent…

Ainsi, quoique vous fassiez, quelle que soit l’information que vous rapportiez, quels que soient vos efforts pour être impartial et objectif, vous vous faites attaquer par les deux camps et traiter de tous les noms. Ça, ce sont les fondamentalistes, les extrémistes et autres «istes» de tout acabit. En plus, il y a les autres, plus modérés et subtils, qui vous répondent en tentant de vous prouver qu’ils ont la bonne information que vous vous devez de relayer. Et finalement, il y a maintenant, sur Twitter, comme sur YouTube, des «organes» officiels, mis en place par les deux parties pour tenter de «spinner» leur position dans ces nouveaux médias.

Sur Twitter, le compte @supportisrael et à la télé Internet, Al-Jazeera.

Cette fois, un compte-pro-Palestinien de GazaNews et à la télé Internet, BBC World News

Le cas de YouTube est particulièrement intéressant car il met en scène la machine de propagande des Forces de défense israéliennes (IDF). Pour ainsi dire, une des premières utilisations de YouTube à des fins de propagande clairement identifiés à des forces armées.

Deux sources, sur le Web, ont fait des analyses intéressantes de cette récupération des médias sociaux. Ainsi, Media Transparent, tout en recensant diverses sources pour appuyer son titre «Advent of Speciaity Reporting #Gaza», parle d’un intéressant parallèle avec la montée de CNN et de Christine Amanpour, lors de la première guerre du Golfe en 1990.

En effet, nous assistons, depuis les événements de #Mumbai en Inde, à la naissance du Speciality Reporting ou du micro-journalisme comme l’ont nommé les Français et en particulier Francis Pisani dans un article à la suite des évènements en inde et dont je rapporte ici une partie :

«Ces bouleversements mettent en cause le noyau dur du journalisme… la façon dont nous racontons des histoires, dont nous rendons compte de ce que nous voyons, comprenons, analysons.

L’info en réseau est en effet aussi une info en fragments.

L’info n’arrive plus ficelée comme un paquet soigné sous forme d’article avec un début (lead disent les anglo-saxons), un milieu et une fin, ce qui implique un minimum de synthèse et d’organisation. Pauvre Aristote.

L’info arrive comme une pierre jetée à la hâte. Pas nécessairement polie, mais lourde de faits et d’émotions.

Ne nous trompons pas sur la métaphore. Au bout d’un moment ces pierres ne sont plus que des grains de sable coulant en continu. L’info devient flux.

Synthèses, analyses et reportages sur le terrain seront toujours utiles voir nécessaires, mais force est de reconnaître que les premières interprétations ne sont plus le monopole des «têtes parlantes» qui pullulent sur nos écrans télé.»

Un second observateur, présent lui aussi lors de la crise à Mumbai, a aussi bien résumé l’utilisation des nouveaux outils de communication du Web 2.0 par les deux parties. Il s’agit de Gaurav Mishra. Ce dernier a écrit le billet suivant samedi dernier : «War 2.0, Propaganda 2.0 or Public Diplomacy 2.0 : The Role of Internet and Mobile in Israel Gaza Strip Bombing». Je vous en cite un passage :

«The Israel-friendly Help Us Win blog (Facebook/ Twitter) says that “the war is not only on the ground – but also in the international media” and encourages Israel’s supporters to “tell Israel’s side of the story” and “ensure that the international coverage of the Campaign Against Hamas is balanced”.

In fact, the Israel propaganda machinery is in full flow to ensure that everyone gets to hear Israel’s side of the story. The Israel Defense Force has a blog and a YouTube channel, the Israel consulate in New York held a press conference on Twitter and summarized the discussion on their Israel Politik blog, and the Likud prime ministerial candidate Benjamin Netanyahu is also on Twitter».

Du côté Palestinien, il note :

«There hasn’t been much sign yet of a Palestinian social media response, apart from @gazanews and #gazawarofwords on Twitter, the Palestine Video blog, and a Second Life protest (via Xeni Jardin at Boing Boing).

Hamas’s own public-relations effort has been rather unsuccessful. After YouTube censored its video posts, Hamas began using an alternative video-sharing site called AqsaTube, but even that is now inactive, according to Gwen Ackerman at Bloomberg.

However, 300 Israeli websites have been reportedly hacked, as per Kelly Jackson Higgins of Dark ReadingThe Council on American-Islamic Relations (CAIR) has urged US muslims to speak out against Israel on social media websites.»

Comme on le voit et comme je l’ai mentionné plus tôt, la bataille ne fait pas rage que sur le terrain physique. Elle est bel et bien en train de suinter dans les médias sociaux. À mon avis, si vous voulez en apprendre plus sur cette guerre larvée qui n’en finit plus avec le moins de propagande possible, consultez GlobalVoices.

Et comme ce billet sera le premier de la nouvelle année, je persiste et je signe : Le 21 décembre dernier, je vous présentais ainsi mes voeux pour cette nouvelle année 2009. Je les réitère donc :

«J’ai reçu une missive confidentielle provenant du 36, Quai des Orfèvres (Confidentiel) ! Décembre s’est fait « descendre », le 31 à minuit pile dans le premier Arrondissement ! Donc, soldez les idées reçues, flinguez les idées fausses et séchez l’encre de 2008. Préparez-vous à 2009, année qui passera à l’Histoire ! Pour l’an nouveau qui est déjà à nos portes, je vous souhaite un millésime à suspense : aventures, rencontres et amitiés. Avec la folle envie de pêcher les idées neuves, de cueillir les idées folles, de débusquer les idées larges, pour colorer les idées noires des nuances de l’arc-en-ciel. Surtout, avec quelques occasions de nous revoir. en réel ou virtuel, mes plus sincères vœux de bonheur, certes, mais aussi de sérénité, de sagesse et de plénitude à vous tous…»

Ce que je rajoute de nouveau, par rapport au 21 décembre, ce sont mes voeux de paix. Que tous les conflits trouvent une issue et que l’Homme mette de côté son EGO. Toutes les guerres ne sont en effet, que refus du partage, envie de domination de l’UN sur l’AUTRE… L’année 2009 sera-t-elle marquée par la disparition ou du moins la diminution de cet atavisme ? Yes we can !!!

Communication interactive Événements

#Mumbai – Loin du Web 2.0 et pourtant si près… (Suite et fin)

3 décembre 2008

Dans les précédents billets, j’ai parlé de Twitter et de l’effet Web 2.0, de travail humanitaire, de récupération, de manipulation et de sécurité mais aussi de micro-journalisme. Comme j’enseigne à l’Université de Montréal en communication, vous pouvez être certains que je vais intégrer cette expérience dans mon prochain cours qui débute en janvier car comme je viens d’en témoigner, nous avons vécu là, l’émergence ( j’aime toujours ce mot ; ) d’une nouvelle forme de journalisme.

Et je ne suis pas le seul à en témoigner. Voyez plutôt ce qu’en dit Matthew Ingram et surtout Francis Pisani dans le Monde.fr. Je cite un passage de son billet où il cite Benoit Raphaël rédacteur en chef du Post.fr :

«L’objectif, ici, n’est pas de produire une information low-cost sans journalistes, mais de travailler intelligemment dans le cadre d’une info en réseau. Produire une info plus pertinente par rapport aux attentes des lecteurs: hyper réactive, moins conventionnelle dans ses choix, plus “live”, plus libre, avec plus de ton, de conversation, beaucoup d’émotion.»

Et Pisani continue :

«Ces bouleversements mettent en cause le noyau dur du journalisme… la façon dont nous racontons des histoires, dont nous rendons compte de ce que nous voyons, comprenons, analysons.

L’info en réseau est en effet aussi une info en fragments.

L’info n’arrive plus ficelée comme un paquet soigné sous forme d’article avec un début (lead disent les anglo-saxons), un milieu et une fin, ce qui implique un minimum de synthèse et d’organisation. Pauvre Aristote.

L’info arrive comme une pierre jetée à la hâte. Pas nécessairement polie, mais lourde de faits et d’émotions.

Ne nous trompons pas sur la métaphore. Au bout d’un moment ces pierres ne sont plus que des grains de sable coulant en continu. L’info devient flux.

Synthèses, analyses et reportages sur le terrain seront toujours utiles voir nécessaires, mais force est de reconnaître que les premières interprétations ne sont plus le monopole des «têtes parlantes» qui pullulent sur nos écrans télé.»

Et vlan dans les dents des médias traditionnels !!!

Village global

Mais je ne me contente pas dee cette brève exultation. Faire la preuve que les médias sociaux ont leur place dans des situations d’urgence et qu’une nouvelle forme de journalisme est en train de voir le jour est une chose et celle-là bien mince par rapport à ce que nous avons tous et toutes vécu au cours de ces derniers jours. Et mes pensées vont alors à ceux et celles sur le terrain, comme @vinu, le premier à avoir montré le drame en photos sur le Web mais aussi à avoir rapporté en direct de chez lui, ce qui se passait à un coin de rue, à #Nariman House. Terrifiants moments…

Mais mes pensées vont aussi aux centaines de morts et blessés Indiens, Américains, Français, Anglais, Canadiens, Israeliens, Australiens, Allemands, Thaïs, Japonais, Italiens, Singalais et  Mauritiens et à leurs familles. Ces gens ont péri dans dix endroits différents de la ville, entre autres dans deux hotels 5 étoiles, soit le Oberoi-Trident et le Tal Mahal Intercontinental Hotel, ce dernier vieux de plus de 100 ans et trésor national en Inde. En fait on le compare souvent au Château Frontenac à Québec… Vraiment, le monde est devenu village… Village global comme le disait McLuhan.

Et quand notre troisième voisin d’à côté se fait attaquer et voit sa maison brûler, que faisons-nous, les voisins ???

Le Taj Mahal Intercontinental Hotel Source : New York Times

Mais quelle motivation ?

À chaque minute, à chaque heure, à chaque journée qui passe depuis que j’ai quitté la couverture en live des attaques terroristes de Bombay/Mumbai, je ne peux m’empêcher de me creuser le ciboulot et essayer de trouver la motivation profonde qui m’a poussé, subitement, à tout lâcher et vivre l’expérience de micro-journalisme dont je vous parle depuis quelques billets. Écrire ces billets a certes servi à décanter ce qui s’est passé mais ne m’a pas encore permis de mettre le doigt sur CETTE motivation profonde.

Curiosité ? intérêt professionnel ? Désir de partager dans un esprit de de partage avec le village global comme le dit ce commentaire d’un de mes lecteurs:

Retweeting @mdumais: @Emergent007 Bravo. Super boulot depuis hier. En effet, bravo. Du ‘world community and global awareness’ pas à peu près…

Peut-être mais il y a quelque chose de plus profond encore… Hier soir, au resto en conversation avec une amie de longue date, je crois avoir trouvé finalement. Je crois que cela remonte aux tragiques évènements du 11 septembre 2001. Oui, le 9/11… Comme bien d’autres, j’ai vécu cette page noire de l’Histoire scotché à la télé au bureau et ensuite celle à la maison. En spectateur, sans rien pouvoir y faire…. J’aurais pu prendre mon auto et rouler jusqu’à NY mais pour y faire quoi au juste ?

Je travaillais alors dans une grande entreprise comme coordonnateur intranet.  Pas question de participer sur Internet car il faut se rappeler qu’en 2001, le Web 2,0 et les médias sociaux en étaient à leurs premiers balbutiements. Le Web 1.0 reflétait toujours la structure élitiste et traditionnelle de production des contenus : réservé aux spécialistes !!! Mais me revient toujours en tête ce billet publié par l’ami Jeff Mignon, un des amis New-Yorkais aux premières loges…

Cette fois, j’ai agi et bien des personnes ont apprécié :

@Emergent007 Thank you for your balanced, sane contributions to the tweeter world concerning Mumbai #mumbai

@Emergent007 Hit ‘send’ too soon, it’s been great hanging out with you & everyone else, thank YOU!

@Emergent007 I think the need of the hour is to present an united front against the terrorists worldwide.Thanks for trying to help

@Emergent007 merci pour la manière exemplaire avec laquelle vous avez couvert les tragiques évènements de Bombay sur twitter

@Emergent007 I can’t thank you enough for your updates. Thank you so very, very much.

Cette absence de prise de parole, de partage et de solidarité en face de la souffrance humaine, c’est cela MA motivation profonde. Pour une fois, grâce au Web 2.0 et aux médias sociaux JE peux prendre part, collaborer, aider, informer et écrire bien modestement 140 caractères dans le fil de l’Histoire. Mais surtout et par-dessus tout, je peux aider mon troisième voisin…

Emergent007: #mumbai This is my last Tweet. Thanks to all Tweet friends for help, support, collaboration. Let’s make the world a better place to live 😉 less than a minute ago · Reply · View Tweet