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Capital humain, Forum IA et #JamaisSansElles… Je m’insurge !

15 janvier 2018

Ce n’est pas la première fois que je m’insurge contre ceux et celles qui voient les employés de l’entreprise comme du «Capital» ou comme de la «Ressource». Je l’avais fait en 2013 pour un statut sur Twitter, originant de l’Institut de Gouvernance numérique mais repris par Bruno Boutot. Cette fois, c’est une banale annonce sur Jobboom qui a remis le feu aux poudres et qui me fait faire une rare «montée de lait». qui me met en furie !

J’ai déjà fait des sorties publiques et privées sur les administrateurs d’entreprises, des consultants en réingénierie des processus et tous les spécialistes en gestion des ressources humaines qui prennent leurs employés (ou collaborateurs en France) comme du bétail, du «capital» comme il disent. Donc je le réécris et le redirai à qui veut l’entendre: n’en mettez plus, la cour est pleine!!!  Et c’est comme les vagues de la mer: ça revient encore et encore… Cette fois c’est Robert Half Management qui se cherche un «Directeur capital humain» (sic) Je n’en peux tout simplement plus de les entendre parler de «capital humain» et des employés comme une «ressources stratégique» ou des «capitaux importants».

Au départ, ce fut Daniel Lebègue, président de l’Institut français des administrateurs et de l’Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises. Ce dernier était venu s’épancher dans un article paru dans la Tribune.fr.

Tiens, ça vaut la peine que je ressorte ses propos recueillis par le ou la journaliste :

« L’ex-directeur général de la CDC estime que le conseil d’administration d’une entreprise ne devrait pas se préoccuper seulement de la préservation et du développement du capital financier, mais aussi, et surtout, de l’actif humain. Un actif qui constitue, selon lui, la véritable richesse de l’entreprise. Il souligne que la bonne gouvernance d’une société, particulièrement en des temps troublés, se traduisant par des pertes de repères, passe par la prise en compte de l’ensemble des parties prenantes et, en particulier, les salariés. Il place ainsi le facteur humain au coeur de toute démarche visant à améliorer la performance de l’entreprise.»

L’Humain au centre des préoccupations, d’accord mais un humain non vu comme tel mais comme un actif, toujours… En plus de parler de capital et de ressource, on y ajoute l’actif. C’est ce discours tellement années 2000 qui me purge littéralement et a mené les organisations au bord du gouffre de la récession de 2008 et aussi à une vague de suicides en France. Ici c’est France Télécom mais il y en a eu d’autres, Orange, LaPoste, Monoprix, SNCF, etc. Allez messieurs et mesdames des CA: pressez sur le citron de la ressource comme pour le poisson, le bois, l’eau, les mines ou que sais-je encore et venez ensuite prétendre que vos employés sont le centre de l’Univers de l’entreprise. Plutôt vos actionnaires…

Puis ce fut le commentaire d’Andrée Laforge sur un de mes anciens billets sur le sujet. Justement une de ces spécialistes du capital dont le blogue se nomme avec à propos: «Mesurer le capital humain» avec sous-titre «Maximiser la valeur de vos investissements en capital humain». Elle est venue en rajouter une couche en essayant de me faire la leçon :

«C’est à deux économistes américains du milieu du XXe siècle, Theodore W. Schultz et Gary S. Becker, (J’ai rajouté les hyperliens) tous deux prix Nobel d’économie, que nous devons l’expression de capital humain. Le capital humain représente ce que possède chaque être humain : sa force physique et ses capacités intellectuelles. Ces deux économistes ont démontré que la croissance d’une économie développée est largement due à la croissance de son capital humain, croissance obtenue grâce à des investissements importants des individus dans leur éducation et leur santé. On a ensuite transposé la notion de capital humain à l’entreprise. C’est ce qui permet de faire contrepoids au capital financier des entreprises. Le capital financier est l’ensemble des actifs tangibles de l’entreprise. Tandis que le capital humain se retrouve au niveau de l’intangible. Dans les intangibles, on a le capital intellectuel qui se retrouve sous trois rubriques : le capital structurel, le capital clientèle et le capital humain. Le premier couvre les logiciels, bases de données, brevets et marques de commerce (ceci appartient à l’organisation). Le second (capital clientèle) désigne le tissu de relations que l’organisation a développé et entretient avec ses clients (ceci appartient aussi à l’organisation). Le troisième est l’ensemble des connaissances, compétences, aptitudes, attitudes, capacités détenues par le personnel. Malheureusement pour l’organisation, ce capital ne lui appartient pas. Mais il est du ressort de cette dernière si elle veut demeurer compétitive de l’attirer, de le mobiliser et de le conserver à l’intérieur de son organisation. Voilà! Il n’y a rien de péjoratif à utiliser le terme Capital Humain, au contraire, il vient plutôt bonifier l’importance de l’être humain dans l’organisation.»

Bonifier son importance dans l’organisation en le traitant de capital exploitable et maximisable ? Non mais vraiment ! Et ce ne sont pas les premiers «Nobellisés» à ne pas m’impressionner par leurs réalisations. Alfred Nobel justement avait inventé quoi au juste ? La dynamite, donnant un coup de pouce à la course aux armements…

Malheureusement, l’entreprise s’approprie aussi le troisième «intangible» identifié dans le texte de Madame, soit le savoir, l’expertise, les connaissances, la propriété intellectuelle sur les données présentes dans les bases. Dès que je deviens partie de l’entreprise, mes idées, mes écrits, mes produits intellectuels sont propriété de l’entreprise. Ça c’est tangible et c’est cela, vider son capital de sa substance, mettre ses meilleurs allié(e)s dans la cage dorée de la rémunération, des vacances payées et de la sécurité d’emploi devenue si précaire.

Ce que l’entreprise décide de faire avec ces forces vives, c’est une autre question traitée dans mon billet sur l’entreprise Alzheimer. Mais ne soyons pas dupes. L’entreprise et ses dirigeants  font fi systématiquement de l’intangible. Tout ce qui compte, c’est le tangible. Ce qui peut être mesuré, le fameux RSI ! Je ne suis pas de la graine de socialiste mais non plus de cette graine de capitalisme pur et dur non plus. Les employés ou collaborateurs ne sont pas des ressources ! Pas plus que des actifs ou du capital. Ils ne sont pas des bananes ou des citrons !

Ce sont des êtres humains qui interagissent, qui communiquent, qui travaillent, qui collaborent et surtout qui créent et innovent! Ils ne sont pas du capital; ils SONT l’entreprise et contrairement à ce que prétend Claude Super sur son blogue, ils ne constituent pas le maillon faible. Tant que les bombardés spécialistes et les administrateurs les prendront de haut dans leurs bureaux en verre et officines feutrées, il n’y aura pas de vrai changement au sein des organisations. Et on ne verra pas d’entreprise «dite» 2.0 ou sociale, ou collaborative, ou horizontale ou simplement organique. Les vieilles hiérarchies et les vieux paradigmes ont la vie dure, même en 2018 !

Le passage, le changement profond du vieux paradigme économique basé sur le capital sous toutes ses formes ne se fera qu’à la condition que l’organisation change ses valeurs, ses attitudes et sa relation aux hommes et aux femmes, au pouvoir et à la hiérarchie. Pour cela, il ne faut guère compter sur la génération actuelle de dirigeants et pas beaucoup sur la prochaine.

Il faudra attendre l’arrivée aux postes de décision de la génération Z élevée dans la mouvance des #metoo et autres contestations du POUVOIR et de ses excès. De la génération dont les représentante(e)s ont identifiés par Marc Prensky comme étant les natifs du numérique et qui sont encore sur les bancs de l’école primaire ou secondaire. Ces derniers forment déjà et formeront de plus en plus des tribus,ce qui changera du tout au tout la structure de pouvoir de la société et des entreprises mais aussi ses valeurs.

Que disait Patrick McGoohan dans l’émission-culte Le Prisonnier? «Je ne suis pas un numéro…»

ET DE LA PRÉSENCE DES FEMMES DANS LES CONFÉRENCES !

J’ai déjà écrit plusieurs billets sur le sujet dont celui-ci mais juste quelques mots de plus ici pour souligner le chemin qui reste à faire pour avoir une représentation  paritaire hommes/femmes parmi les conférencier(êre)s  dans les événements majeurs dont ceux de la sphère technologique et ce, pour faire écho au mouvement initié en France par les co-fondatrices Tatiana et Natacha et dont je suis signataire, soit celui du #jamaissanselles.

Ce lundi, avait lieu à Montréal, le premier Forum stratégique sur l’Intelligence artificielle, organisé par la CCMM, conférence regroupant tout le gratin du milieu techno, des affaires, de la recherche et du monde politique. Je n’y suis pas allé car étant toujours en convalescence mais j’ai questionné l’ami Sylvain Carle par Facebook sur la présence des femmes à l’événement. Voici sa réponse:

Voilà! Quatre sur 24 conférencier(ère)s dont deux du monde politique soit la  ministre Dominique Anglade et la mairesse de Montréal Valérie Plante. Ce qui nous laisse 2/22. Calculez le pourcentage ? Sylvain a raison, S’il les compte, c’est 4/24. Trois fois plus = 12 soit la moitié ! Et j’ai noté l’absence très remarquée de Joëlle Pineau de McGill et responsable du lab Facebook sur l’IA à Montréal.

Joëlle Pineau devant un auditoire comprenant le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau

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3 Commentaires

  • Répondre Claude Super 16 janvier 2018 - 6 h 07 min

    Bonjour Claude et merci de la citation.
    Je ne sais pas si mon billet publié fin 2013 mérite tant d’honneur, quoiqu’il en soit, je souhaitais simplement rappeler que le thème était celui de la “relation client”, que le titre est : “L’employé, maillon faible du (social) business”.
    Si tu souhaites illustrer ton propos dont je partage l’essentiel et ton indignation que je respecte et que j’apprécie, puis-je me permettre de te proposer un lien vers un autre billet publié en 2011 :”Entreprise collaborative : peux-t-on encore parler de « ressources » humaines ?” à https://claudesuper.com/2011/11/14/entreprise-collaborative-peux-t-on-encore-parler-de-ressources-humaines/
    Bien à toi
    Cordialement
    Claude

    • Répondre Claude Malaison 16 janvier 2018 - 15 h 09 min

      Merci pour le retour Claude et pour cette précision 😉

      L’autre Claude

  • Répondre Et si… On gardait les bonnes vieilles méthodes de communication? – Coup de blogue 29 janvier 2018 - 20 h 49 min

    […] été populaires et utiles. À force d’être trop 2.0, on perd le contact humain et on devient du capital humain, des machines, au lieu d’être […]

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